Célibat en campagne

Dossier paru dans Le Réveil Lozère, décembre 2010

Le célibat, véritable phénomène de société

Même si le célibat en agriculture est un thème récurrent depuis les années 1950, contrairement aux idées reçues, ce phénomène s’étend aujourd’hui à l’ensemble de la société. Les notions restent différentes que l’on habite en campagne ou en ville.

C’est sur une suggestion d’un des lecteurs du Réveil que le journal a décidé de s’emparer de ce sujet. « Mais à quoi pensent les jeunes d’aujourd’hui ? Nous, on avait ça dans le sang ! On apprenait les danses folkloriques, ça permettait de rencontrer les filles. Désormais, les jeunes ne se préoccupent que de travail.  Ils laissent le temps passer et vont se retrouver à manger des cachets dans un village dortoir ! » Il aura fallu plus d’un an pour que le projet aboutisse avec le concours des assistantes sociales de la MSA.

Comme l’observe François Purseigle, maître de conférence en sociologie à l’École nationale supérieure agronomique de Toulouse, « si le thème du célibat en agriculture ressurgit  de façon médiatique avec la diffusion de l’émission, L’amour est dans le pré, peu d’études sont consacrées à ce sujet ces dernières années, au contraire des décennies précédentes. »

Difficultés à trouver des sources, à recueillir des témoignages, absence de groupes de réflexion chez les JA, la FDSEA, bien qu’il soit un phénomène de société, le célibat est un sujet difficile à aborder parce qu’il touche à l’intime.

Un phénomène récurrent…

Pour le sociologue François Purseigle,  « il fait néanmoins partie des thèmes récurrents, au cœur de la société paysanne. » Dans les années 1950,  le célibat qui touchait plus particulièrement les ouvriers agricoles, s’est étendu aux différentes catégories, notamment dans la petite paysannerie. Comme le constate François Purseigle, « à cette époque, cet état a largement été étudié par les chercheurs, dont Pierre Bourdieu. Dans le Rouergue, le Béarn par exemple, ils ont mis en évidence la place que tenait alors le célibataire dans une logique de transmission. Il s’agissait d’éviter la dispersion des terres, du patrimoine. En retour, la société leur proposait un accompagnement, une place au sein de la famille. »

En 2000, avec  21 % de célibataires chez les exploitants agricoles, contre 16 % en 1988 (1) le phénomène continue de progresser. Mais pour le sociologue, « il se pose désormais en des termes différents. »

Le célibat touche en effet de plus en plus de jeunes. En 2003, un agriculteur sur trois âgé de 30 à 39 ans est célibataire, contre un sur 5 en 1988 (2). Et la situation varie d’une production à l’autre avec en tête, les éleveurs bovins viande qui comptent 31 % de célibataires (2).

« Alors que dans les années 1960, les JA revendiquaient leur indépendance au niveau de l’habitat, on retourne désormais vers davantage de cohabitation entre les générations, du fait des difficultés économiques. Il y a peu de jeunes en campagne, le retour du lycée est parfois difficile. Sous l’œil rapproché des parents, des voisins, il peut être délicat de vivre sa sexualité comme on l’entend. Contrairement aux années 1960 également, où le projet d’installation reposait sur le couple, le métier d’agriculteur s’ assume de plus en plus seul, même si l’on vit à deux. »

 …. qui s’étend à l’ensemble de la société

À l’aube du XXIe siècle, le célibat n’est plus l’apanage du monde agricole. Si en 1992, une enquête de l’APCA démontrait que dans la catégorie des 40-49 ans, les célibataires issus du monde agricole étaient deux fois plus nombreux que les autres (18 % contre 9 %), en avril 2010, une analyse du centre d’études et de prospection du ministère de l’agriculture précise que désormais « ils sont même moins souvent célibataires que la moyenne, sauf à partir de 60 ans. Cette ancienne singularité serait donc en passe de se résorber. »

Alors que sur l’ensemble de la population active, le taux de célibat est passé de 24 % à 27 % de 1990 à 1999, en 2007, le taux de célibat des personnes de 15 ans ou plus, vivant seules en France métropolitaine est de 36, 9 % (3). Et toutes les couches de la société sont en effet touchées par ce phénomène. En ville ou en campagne, la problématique reste néanmoins différente.

« En milieu rural, davantage subi, le célibat concerne surtout les hommes. En ville, ce sont les femmes qui sont touchées » précise le sociologue. Et si l’on y vit plus souvent seul, on y conserve plus facilement des relations sociales, notamment par le travail. Alors que les raisons de l’isolement relève aussi de la personnalité de chacun, l’image de l’agriculture, ses exigences, constituent néanmoins un frein pour qui veut trouver l’âme sœur. « Il y a certaines contraintes que les épouses acceptent mal : la charge de travail, un revenu modeste, l’éloignement des services » relève François Purseigle. Surtout quand ces femmes sont de plus en plus nombreuses à ne pas être issues du monde paysan.

Alors que l’on établit désormais des liens entre santé et environnement social, il est urgent de trouver des pistes. Pour François Purseigle, « Internet, à condition d’y avoir accès, peut être une chance de s’ouvrir sur le monde, de créer des liens. On tchate beaucoup chez les jeunes agriculteurs. »

(1)  Ministère de l’agriculture

(2)  Etudes du SCEES citées dans l’article « pourquoi le célibat progresse-t-il ? », France agricole, 20 janvier 2006.

(3)  INSEE

Brèves de célibat

 

Sites de rencontres

Si on trouve peu d’agriculteurs inscrits sur les sites traditionnels plusieurs sites spécialisés rencontres-agriculteurs.com, atraverschamps.com, vachement.fr, amour-bio.com, etc., sont désormais présents sur Internet. Signe des temps ? « 60 % des inscrits à vachement.fr sont des femmes, dont beaucoup de citadines désireuses de vivre l’amour au vert », précise une étude de la MSA. « Du côté des agences matrimoniales, il y a en ce moment, un engouement pour les femmes russes. »

 

Célibat et télé-réalité

La téléréalité avec l’émission « L’amour est dans le pré » s’est également emparée du thème du célibat avec toutes les controverses que l’on sait. La FNSEA a pris clairement position. « Cette émission donne une mauvaise image de l’agriculture. Il s’agit d’un sujet délicat traité sans délicatesse. » Des Lozériens ont cependant tenté l’aventure !

Foire aux célibataires

Chaque week-end de Pâques depuis 1982, le bourg de la Canourgue prend des airs de fête. Jeunes et moins jeunes, citadins et ruraux viennent s’y amuser, et plus si affinité.

Durant deux jours, c’est autour de soirées dansantes, spectacle, thé dansant, randonnées, visites touristiques que les rencontres s’organisent. Qui cherche l’âme sœur peut s’inscrire, remplir une fiche de renseignements et consulter celles des autres candidats.

Plusieurs centaines de personnes ont tenté leur chance. S’il n’est pas garanti de repartir en couple, ambiance et bons moments sont en revanche assurés !