Le grand voyage

Le grand voyage du bonheur à deux

Marié à une fille des iles, Jean-Luc a longtemps cherché l’âme sœur. Aujourd’hui, les rires des enfants égaient la maison. Et grâce à la compagne de Jean-Luc, plusieurs couples ont également trouvé le chemin du bonheur à deux.

Jean-Luc, quadragénaire, s’est installé agriculteur à 20 ans en bovins viande dans une ferme en location à quelques kilomètres de ses parents. «  J’ai choisi ce métier et voulais être indépendant. Mon père n’était pas de ceux qui aiment transmettre. Il m’a laissé me débrouiller. Quand on est seul, on voit mieux les choses. J’ai tout acheté pour la maison, électroménager, etc. Mais j’avais l’idée de fonder une famille et je voyais bien qu’il manquait quelqu’un. »

Jeune homme, Jean-Luc est attiré par les filles qui ne sont pas de son milieu. «  Ici, il n’y a pas beaucoup de monde. » Montpellier, Clermont-Ferrand, Nîmes, il se met à sortir dans les boîtes de nuit. « J’avais l’habitude de travailler seul. Je cherchais une compagne pour la maison. Il y a des filles avec qui ça collait. Elles auraient bien voulu s’installer ici mais à condition d’exercer leur propre métier. »

L’équation est difficile à résoudre et Jean-Luc reste seul, bouté en touche plusieurs fois. Découragé, il s’investit davantage dans le quotidien pour que la ferme tourne mieux. « Quand on cherche quelqu’un, il faut savoir se mettre en valeur. »

Franchir le pas

Jean-Luc qui a plusieurs frères et sœurs habitant à Paris, leur rend visite de temps à autre. C’est un soir de guinguette à Nogeant qu’il rencontre une fille des îles, la sœur de sa femme. Celle-ci lui parle de sa cadette qui va venir la voir. « Modestine a fait l’université, lettres françaises. Elle aime passer ses vacances chez notre oncle, à s’occuper des animaux. »

Une fois en France, la jeune femme descend en Lozère faire la connaissance de Jean-Luc. Entre eux, les choses se passent bien.  Mais au bout d’un mois et demi, Modestine prend Jean-Luc de court en lui annonçant qu’il faut qu’elle reparte faute de papiers ou bien qu’il l’épouse.

Malgré ce qu’il éprouve pour elle, Jean-Luc n’est pas encore prêt à franchir le pas. Et Modestine le quitte la mort dans l’âme. De son côté, Jean-Luc est en proie aux regrets.  Un jour pourtant, il décide de tenter le grand voyage. À son tour, Il  part pour les îles où il épouse Modestine.

Celle-ci revient en Lozère au bras de son mari, un mois de décembre. Malgré le froid, les longues journées d’hiver, elle se sent tout de suite chez elle. « À l’école, on nous parlait de nos ancêtres les Gaulois. La France, c’était déjà mon pays. » Comme le souligne Jean-Luc, «  certains n’auraient pas voulu d’une étrangère. Des parents refusaient que leur fils se marie avec une fille du village d’à côté. Dans ma famille en revanche, mon oncle avait déjà épousé une Espagnole. »

La vie autrement

Modestine qui apprend le patois auprès de la mère de Jean-Luc, s’investit dans la ferme, le jardin, la basse-cour, etc. Et désormais, deux beaux enfants animent la maison avec un seul regret pour Jean-Luc.  « Ne pas être plus jeune pour partager davantage avec eux. »

Jean-Luc et Modestine cependant, n’ont pas gardé leur bonheur pour eux seuls. Modestine qui avait « plein de copines dans les îles cherchant à se marier », a prêté une oreille attentive aux solitudes de son nouvel entourage. Par son intermédiaire, plusieurs couples se sont formés dans la région.

Aujourd’hui, parce qu’il est trop difficile d’obtenir des papiers, elle a renoncé à jouer les dames de cœur. Quant à Jean-Luc, avec une femme à ses côtés, il voit désormais la vie autrement. « Modestine a un sens inné pour mettre les petits veaux au monde, je ne suis plus seul sur l’exploitation. Sans mon épouse, j’aurais peut-être mis la clé sous la porte. On a su se serrer les coudes. Quand on est célibataire, il ne faut pas avoir peur de dire que l’on cherche quelqu’un. Il faut libérer la parole et bien sûr, tomber sur la bonne personne. »