Les seules femmes

« Les seules femmes à pousser la porte »

Jeune quinquagénaire, Paul est habitué à vivre seul, avec peu de femmes dans son entourage. Il parle avec beaucoup de pudeur de son célibat, un sujet pas facile à aborder.

« Quand j’étais jeune, je commençais à me sentir mal dès que je ne voyais plus le clocher du village » commente Paul avec un brin de timidité vite noyée dans son regard malicieux. « À 50 ans, les choses sont différentes. Il se peut que dans les années à venir, je parte passer la mauvaise saison dans la ville voisine. L’hiver est long en Margeride. À part le facteur et le boulanger, on ne voit guère de monde. »

Après avoir fait des études à Marvejols et atteint le niveau bac, Paul a repris la ferme familiale en 1980. « Mes soeurs sont parties de la maison pour se marier ou pour les besoins de leur métier et mon père voulait que je reste pour reprendre la ferme. » Un choix de vie qui ne déplaisait pas à Paul et qu’il a accepté sans se poser de questions.

Quand on lui demande s’il n’a jamais songé à se marier, Paul la voix enjouée, s’en sort par une boutade. « Je suis habitué à être seul. J’y ai bien pensé, mais je n’y ai pas attaché d’importance. Une de mes sœurs me houspille de temps en temps. « Regarde donc les annonces sur le pèlerin ». Mais je remets toujours au lendemain. C’est donc que je n’en ai pas vraiment envie. »

Pas de place pour deux

Dans la maison familiale où Paul envisage de changer les fenêtres avec simple vitrage pour gagner en confort rien n’a changé ou presque depuis son enfance. La vieille radio des années 1950 trône toujours sur l’étagère, accompagnée d’un coquillage exotique, d’une petite tour Eiffel et de la photo de famille de sa mère. Depuis le décès de son père, il y a quelques années, à la demande du curé, c’est une des sœurs de Paul qui passe une fois par jour faire la cuisine pour son frère ainsi qu’un peu de ménage.

« J’ai toujours vécu dans la maison de mes parents. Ce ne serait pas eux qui seraient partis pour nous laisser la place si je m’étais mis en couple. D’autre part, l’exploitation est minuscule. » Sur cette petite propriété entretenue avec grand soin, Paul élève quelques vaches laitières et leurs veaux pour l’engraissement. « Je n’ai jamais eu l’occasion de m’agrandir et il n’y avait pas de place pour deux. »

Alors que les derniers temps, son père ne supportait pas de le voir absent la nuit tombée, Paul qui aime pourtant les plaisanteries, la belote et les discussions entre amis a pris l’habitude de ne plus sortir dans les fêtes alentours. Dans le village où tout compte-fait, près de la moitié des agriculteurs vivent seuls, reste les repas en célibataire chez un des habitants du village que Paul fréquente régulièrement. «  Il n’y a pas de femmes, des hommes seulement. » Et Paul ne fréquente guère les familles. « Les hommes passent bien chez moi », mais Paul ne sent guère à l’aise pour leur rendre la pareille.

« Avec mes soeurs, la seule femme à pousser la porte de cette maison, c’est l’assistante sociale. Je n’ai pas vraiment de regrets. Je ne me plains pas, j’ai l’habitude de vivre seul » conclue Paul avec philosophie.