Ruches troncs

 

Sauvegarder l’abeille noire des Cévennes

 

De la recherche scientifique aux actions de sensibilisation tout public, l’association « L’arbre aux abeilles » œuvre à la conservation de l’abeille noire des Cévennes et de son habitat naturel, les ruchers troncs.

Réalisateur de documentaires scientifiques avant de devenir apiculteur, Yves Élie a d’abord tourné, « L’arbre aux abeilles », un film récompensé en compétition internationale et consacré à Paul Chapelle, 90 ans qui lui a appris le métier. Avec d’autres apiculteurs et des scientifiques, il a ensuite fondé l’association du même nom, qui, autour du Pont-de-Monvert, œuvre à la conservation de l’abeille noire.

«  Il y a environ 13 000 ans, les abeilles qui s’étaient implantées en Europe du Nord ont été chassées par le froid. Réfugiées dans le sud de la France et en Espagne, les abeilles noires ont ensuite recolonisé leur aire actuelle qui s’étend du sud de l’Europe jusqu’à la Scandinavie » détaille Yves Elie. « De nos jours, ces abeilles sont à nouveau menacées de disparition. Face à l’importation de races étrangères ou d’abeilles hybrides, elles sont devenues minoritaires. En Cévennes, alors que les vallées forment un rempart naturel, des colonies de souche pure ont réussi à subsister, en s’adaptant au milieu. L’association veut œuvrer à la conservation de ce patrimoine génétique. Les méthodes d’élevage modernes, l’intensification des pratiques qui ont favorisé l’arrivée du Varroa, se sont accompagnées d’une sélection génétique qui va à l’encontre du maintien de la biodiversité. Au contraire, en conservant une diversité génétique, nous serons davantage pourvus pour faire face aux coups durs. »

Une apiculture d’avenir

Identification génétique des abeilles en lien avec le Muséum d’histoire naturelle, rénovation de leur habitat traditionnel les ruchers troncs, collecte d’abeilles semi-sauvages, élevage de reines, etc., l’association est loin de cultiver une vision nostalgique. « Les abeilles noires sont moins productives et plus difficiles à approcher que les races hybrides. Pour intervenir sur les ruchers, l’apiculteur doit travailler davantage avec la météo, s’adapter à leur rythme et savoir attendre que ce soit le jour » détaille Yves Élie. « En revanche, les abeilles noires se caractérisent par des capacités naturelles de rusticité et d’adaptation. Alors que ces qualités sont recherchées par les apiculteurs, l’association a mis en place un rucher conservatoire dans la vallée du Tarn et diffuse la souche sur demande, auprès de professionnels et amateurs. »

Comme l’explique Yves Élie, les ruchers troncs représentent un  modèle d’apiculture très ancien, inspiré de la nidification des abeilles dans des troncs d’arbres creux. « L’observation, la connaissance de ce type de ruchers ont beaucoup à nous apprendre. Elles doivent nous permettre de réinventer un type d’apiculture qui s’inscrive dans le cadre d’un développement écologique. L’apiculteur vit et travaille avec l’abeille. Nous prônons une relation basée sur l’échange plutôt que sur l’exploitation, dans le respect de l’animal. »

Afin de partager ce savoir, « L’arbre aux abeilles » soutenue par les collectivités locales, le Conseil général et le PNC organise des conférences tout public, des animations dédiées aux enfants dans les écoles notamment avec un jeu interactif sur la connaissance de l’abeille. Elle propose des visites accompagnées de ruchers troncs, des stages d’initiation à cette apiculture traditionnelle. Et Yves Elie qui n’a pas perdu sa fibre de réalisateur, envisage de tourner un film en 3D sur l’abeille noire cévenole. En attendant, c’est une conférence-débat avec des images en 3D qu’il balade un peu partout en France.

 

Brèves

Une thèse sur l’abeille noire

Le Parc national des Cévennes qui a lancé un programme de sauvegarde des ruchers, accorde depuis une dizaine d’années des contrats patrimoine aux apiculteurs qui souhaitent rénover des ruchers tronc. Reconstruction de murets, rénovation et remplacement des ruches, nettoyage des parcelles embroussaillées, repeuplement des ruchers avec l’abeille noire, etc., il a également chargé Ameline Lehébél Peron, chercheur au CNRS, de réaliser une thèse sur le sujet avec recensement des populations en Cévennes et jusque dans le Parc naturel régional des Monts d’Ardèche. « Il y a encore beaucoup d’abeilles noires qui vivent à l’état semi sauvage dans des ruchers abandonnés » commente cette chercheuse du CNRS. Il s’agit de veiller sur le patrimoine génétique de ces abeilles.

 

Enquête

L’association « L’arbre aux abeilles » va mener en Cévennes, une enquête sur les mortalités d’abeilles en milieu naturel, un sujet d’autant plus intéressant qu’il n’a pas été beaucoup abordé et étudié jusqu’à ce jour.

 

Et aussi

Les ruchers troncs, entre patrimoine apicole et culturel

 

« Les ruchers tronc ont été constitués par des générations de paysans observant attentivement la nature. Au fil du temps, ils ont mis en place des ensembles architecturaux de taille variable en harmonie avec les ressources du milieu » détaille Yves Élie. « Tous les mas possédaient alors quelques ruches qui, grâce à la pollinisation assurée par les abeilles, avaient une incidence sur les récoltes fruitières, la biodiversité ».

Pour bâtir leurs ruchers, les anciens se servaient de matériaux qu’ils trouvaient sur place, du châtaignier, de la pierre de schiste. Surmontée d’une lauze taillée la protégeant de la pluie, chaque ruche reposait sur une dalle qui accumulait la chaleur. Aux environs immédiats des maisons, placés sur des terrasses de pierres sèches drainant également les eaux de pluie, les ruchers étaient abrités du vent. Et l’on trouvait généralement à proximité, un bassin, une source permettant aux abeilles de s’abreuver.

« Dans ces ruchers sédentaires, en pressant les rayons, on récole trois à six kilos d’un miel au léger goût de cire » détaille Yves Élie. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, « les ruchers tronc ne constituent pas une spécialité cévenole. On en retrouve un peu partout dans les Alpes, en Corse, en Espagne. L’association « L’arbre aux abeilles » fait d’ailleurs partie d’un réseau d’une quinzaine de ruchers conservatoire en France, une trentaine en Europe. Le bois utilisé pour réaliser ces troncs varie en fonction des milieux. On a retrouvé au Bleymard, une ruche-tronc en peuplier. On peut également utiliser du frêne, du mûrier, du chêne-liège. »

Et pour les plus bricoleurs, une des rubriques du site Internet de « L’arbre aux abeilles » fournit toutes les informations nécessaires à la réalisation de sa propre ruche tronc.

www.ruchetronc.fr